7e de l’IronMan du Royaume-Uni à Bolton, Sébastien Escola est en route pour Hawaï !

image_pdfimage_print

Mission accomplie à Bolton pour Sébastien Escola-Fasseur. Il se classe 7e de l’IronMan du Royaume-Uni – une sacrée performance – et décroche son billet pour Hawaï au passage. Seb prend le temps de nous raconter les jours qui ont précédé la course, l’épreuve elle-même et la façon dont il envisage sa 3e participation à Kona, le 14 octobre.

7e place scratch (2e amateur et 2e Français, derrière Cyril Viennot, vainqueur) de l'IronMan du Royaume-Uni, à Bolton, en 9h23'40''.
1er dans la catégorie 35-39 ans et donc qualifié pour Hawaï (14 octobre).
Ses temps : 
=> natation en 1h02'13"" (99e temps) (1'38''/100 m)
=> vélo en 5h07'51 (8e temps) (37,69 km/h)
=> cap en 3h06'07'' (13e temps) (4'24''/km)

On a discuté 3 jours avant la course et tout allait bien. Et ensuite ?
Entre jeudi et dimanche, tout n’a pas été facile. Je n’ai jamais été aussi stressé. Tout le monde me disait que la qualification pour Hawaï était acquise, mais rien n’est jamais acquis d’avance… La nuit, j’attrapais des suées et j’ai fait des cauchemars, ce qui n’est franchement pas habituel chez moi. Ensuite, samedi, j’ai fait un footing et ma montre m’annonçait un temps de récupération de 39h ! Ça m’était déjà arrivé la fois où j’avais enchainé le 70.3 de Zell am See (Autriche), 3 semaines après le Norseman (8e en 2015) et j’étais passé à travers… J’étais donc vraiment stressé, pourtant, ce n’est pas dans ma nature de l’être, surtout pour le sport. Enfin, il a fallu déposer les affaires la veille aux deux aires de transition à Bolton. Ç‘a été une grosse perte de temps et d’énergie. C’était usant tellement il y avait des bouchons partout.

Il y a aussi ce pari fait avec ton entraineur, Pascal Redou, d’enchainer deux IronMan en 3 semaines…
Quand tu pars sur une distance comme ça, 3 semaines après le précèdent, tu te poses forcément des questions. En 2013, j’avais enchainé l’IM de Galles (8e) et Hawaï (260e) en 4 semaines  et le résultat n’avait pas été fou… Après, il y a ce que dit l’entraineur et il y a le ressenti perso. Et mes sensations étaient bonnes. Pascal a prouvé ce qu’il sait faire avec Benoît Nicolas, Arnaud Guilloux et Valentin Madouas. Il n’entraine que 4 personnes et il en refuse plein. J’ai donc forcément confiance, même si je savais que Pascal n’avait jamais entrainé quelqu’un qui voulait enchainer deux grosses courses comme ça. Je prends aussi des conseils auprès d’Arnaud Guibert. Il fait du triathlon depuis tout jeune, il s’y connaît en longue distance et il est très fort sur tout ce qui est alimentation et physiologie.

Dimanche matin, ça se présentait comment la journée ?
Il y avait une petite bruine, puis de la pluie. La natation s’est bien passée. Mon premier tour n’était pas mal et je visais un peu moins d’une heure en tout. Je suis étonné qu’on me donne un meilleur temps sur le 2e tour, puisqu’il fallait éviter pas mal de gars qui étaient dans leur premier tour et qui, pour certains, nageaient la brasse… Au total, il y avait 4000 m de natation au lieu de 3800 m, donc avec mes 1h02, j’étais dans les clous.

La météo était annoncée nuageuse, pourtant vous avait roulé la majeure partie du vélo sous la pluie…
Il a plu 3h sur les 5h à vélo. J’étais hyper prudent en descente et dans les virages. Je prenais tous ces endroits délicats comme un cadet. D’autres se sont fait piéger, comme Romain Guillaume, qui est tombé, a abandonné et ne va pas à Hawaï…

L’organisation te donne le 8e temps vélo et une moyenne de 37,69 km/h, donc tu as quand même pu lâcher les chevaux…
Pas tout de suite. Quand je prends le vélo et que je sors du parc, je passe un dos d’âne et je perds un bidon dans lequel est le concentré qui me permet de faire quatre bidons. Je suis obligé de m’arrêter… Du coup, tu penses aux problèmes mécaniques et tout ça… Ma moyenne était assez faible au début et je suis rentrée dans le rythme au bout d’une demi-heure. J’ai alors attaqué la boucle que j’aimais bien, qui ressemble à la Bretagne, qui fait 76 km et qui est à parcourir 2 fois. En l’attaquant, j’apprends que je suis premier de mon groupe d’âge et ça me motive. Le parcours vélo est quand même casse-pattes, ce qui ne m’a pas empêché de doubler des pros que tu vois dans les magazines, comme l’Espagnol Blanchart (Miquel Tinto Blanchart), qui fait un podium à chaque fois à Lanzarote (6e en 2016, 4e en 2015, 2e en 2014 et 2013). Ça m’a mis en confiance. À partir du 120e kilomètre, j’ai géré. Je fais la 2e boucle un peu en dessous et je baisse donc de 10 watts. J’ai fait ça parce que j’avais peur du marathon. Moi, sur ma montre, j’ai 35,4 km/h de moyenne générale à vélo. Je suis encore étonné de la vitesse que me donne l’organisation.

Tu es dans quel état d’esprit et dans quel état physique au moment d’attaquer le marathon ?
Quand je pose le vélo, le speaker me dit que je suis bien placé. Ça me met en confiance, ça me pousse. Je n’étais pas affolé à la transition parce que je savais que j’avais de l’avance sur le groupe d’âge. Mon objectif, c’était avant tout la qualif’ pour Hawaï. Le marathon commence par une bosse qui te met dans la course. Je me fais doubler par les deux pros, dont Blanchart, que j’avais doublé à vélo à 50 km de l’arrivée. Je vois les deux arriver ensemble et ils me déposent. Là, je me demande ce qu’il faut faire pour avoir un niveau pareil… Je suis donc parti en 3’50, puis j’ai calmé entre 4’11 et 4’20 au kilo. Finalement, je reprends Blanchart au 20e kilomètre.

En passant devant tes proches à pied, tu dis : « Je m’en fous des autres gars. Je gère comme ça et on verra »…
Je pense que ma force c’est d’avoir géré le vélo et de ne pas m’être emballé sur le marathon, d’être parti au train. J’avais tellement peur de passer à travers… J’ai eu un coup de mou au 22e-23e kilomètre. J’avais faim. J’ai mangé des gâteaux salés et c’est reparti, heureusement. Ce qui me pousse aussi vers l’avant, c’est de voir des pros dans le dur et d’en dépasser certains. Le dernier tour a été compliqué, il a même été interminable… J’ai accéléré sur la fin, mais ça n’en finissait plus. C’était dur musculairement. Je voulais en finir le plus vite possible. J’aurais bien aimé faire un marathon en 3h. En prenant un peu plus de risques, c’était peut-être jouable. J’ai fait le choix d’assurer et c’est sans regret.

Qu’est-ce qui l’emporte sur le ligne, le soulagement ou la satisfaction ?
Le soulagement d’en terminer, mais aussi de me prouver et de prouver à d’autres que je peux faire 2 courses pleines à trois semaines d’intervalle. Et puis, il y a bien entendu la qualif’ pour Hawaï. C’est ça la récompense de tout le travail qui a été réalisé depuis des mois.

Bon, maintenant c’est Hawaï, dans 3 mois seulement !
Déjà, je coupe totalement pendant une semaine. Je n’ai pas beaucoup couru cette saison, et encore moins en Bretagne. Je vais essayer de faire Quiberon, un half un mois avant Hawaï, l’Émeraude tri race ou la Triskel Race, je ne sais pas encore. Peut-être aussi des sprints, quitte à prendre des cartouches. C’est toujours bon à faire un sprint. Il faut s’aligner sur tous les formats.  Je veux aussi montrer les coureurs du Quimper triathlon. Ce club donne envie, il y règne une super ambiance. Après les courses, après les entrainements ou en dehors, on se retrouve, on prend du temps ensemble. C’est le club de tri comme je le conçois. C’est pour ça que j’ai choisi un club près de là où j’habite, pour connaître les gens. Le Quimper triathlon correspond à mes attentes. C’est un club qui fédère, qui est structuré avec des gens compétents à chaque poste. Je trouve juste qu’on parle un peu trop de moi…

Revenons à ta prépa Hawaï, si tu veux bien…
Pour la prépa d’Hawaii, je sais par expérience (Sébastien a couru à Kona en 2013 et 2014) qu’il faut être un bon nageur et un bon coureur. Avec Hawaï, je choisis clairement la course qui me handicape le plus. On est tellement nombreux en vélo, que ça drafte à fond. La natation m’a tiré dessus les deux fois où j’ai couru Hawaï et derrière, je n’ai pas fait le vélo que je devais faire. Il faut aussi que je m’habitue à la chaleur. Je sais que Thibaut Pinot s’entraine sur un home-trainer dans une salle de bain chauffée pour s’y habituer. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais il faut que j’y réfléchisse. En ce qui concerne la natation, je vais peut-être demander à Pascal de me laisser plus de temps pour nager. J’en suis à me poser la question de nager avec des gars qui me tirent vers le haut.

Kona te fait toujours rêver ?
J’y ai été en 2013 et en 2014 comme coureur et en tant que spectateur en 2008 et en 2012. J’ai adoré à chaque fois ! C’est fabuleux, c’est magique ! Tu t’en prends plein les yeux. Après, il y a tous les clichés du triathlète super affuté, tatoué de partout, un peu kéké… Mais Hawaï vit aussi pour le triathlon, des bateaux viennent te servir le café dans l’eau, tu essaies tout le matos possible et imaginable. C’est fou ! À Bolton, iIs nous passaient des vidéos d’Hawaï à la cérémonie de remise des prix. On te montre les champions, mais aussi les autres, avec la musique qui va bien. Ils sont très forts en marketing chez IronMan. Cette année, l’inscription c’est 950$ + 8% en frais de dossier. Ce n’est pas le côté le plus plaisant, mais Hawaï est à ce prix… J’ai connu Hawaï à 350€, en 2008. Depuis le rachat par les Chinois, c’a explosé.


Les résultats de l’IronMan du Royaume-Uni à Bolton, dimanche 16 juillet 2017.



Petite revue de presse à la suite de la qualification de Sébastien Escola à Hawaï.